Tarot de Marseille

Histoire du Tarot de Marseille

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Des origines italiennes du XVe siècle aux ateliers marseillais du XVIIIe, l'odyssée d'un jeu devenu miroir de l'âme.

◈En bref

Bien que son nom évoque la chaleur du sud de la France, le Tarot de Marseille trouve ses véritables racines dans l'Italie du Nord au XVe siècle. D'abord conçu comme un jeu de société aristocratique, il arrive en France à la faveur des guerres d'Italie. Si Marseille n'a pas inventé le jeu, la ville est devenue aux XVIIe et XVIIIe siècles l'un des plus grands centres de production cartière d'Europe, figeant l'iconographie d'un modèle traditionnel. Dépouillé des fables qui l'entouraient, il est considéré aujourd'hui à la fois comme un joyau historique et comme un puissant instrument de connaissance de soi, une véritable "cathédrale nomade" selon les mots d'Alexandro Jodorowsky et Marianne Costa dans La Voie du Tarot.

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Ses différentes utilisations à travers les âges

ILe jeu ludique

à l'origine, et c'est toujours le cas dans de nombreuses régions, le tarot servait à jouer, à faire des levées et des plis, un jeu de société aristocratique avant tout.

Quatre personnes jouent aux cartes autour d'une table, sous une pergola.
Illustration du tarot comme jeu de société.
IILa divination (cartomancie)

à partir du XVIIIe siècle, il est devenu le support privilégié des voyants et diseurs de bonne aventure pour interpréter l'avenir.

Deux femmes examinent des cartes étalées sur une table éclairée par des bougies.
Illustration d'une consultation de cartomancie.
IIIL'outil psychologique (tarologie)

aujourd'hui, on l'utilise surtout comme un support de méditation, d'introspection et de coaching. Il agit comme un miroir projectif permettant d'explorer notre inconscient, de comprendre nos blocages et de clarifier nos choix de vie.

Une femme et un homme échangent autour de cartes disposées sur une table ronde.
Illustration d'un échange autour des cartes.
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L'aube italienne : les véritables racines au XVe siècle

Contrairement aux légendes persistantes qui attribuent au Tarot des origines égyptiennes ou tziganes, la recherche historique moderne, portée par des historiens comme Isabelle Nadolny ou Yoav Ben-Dov, est unanime : le Tarot est né en Europe.

C'est dans les cours d'Italie du Nord, à Milan, Ferrare, Florence et Bologne, au début du XVe siècle que l'on trouve les premières traces. Appelé Ludus Triumphorum (Jeu des Triomphes), il ajoutait 22 cartes d'atouts aux quatre séries traditionnelles. Les premiers jeux, comme les somptueux Tarots Visconti-Sforza, sont des œuvres d'art peintes à la main, réservées à l'élite et reflétant la cour, les vertus et les craintes de la Renaissance.

Le Bateleur, Tarot Visconti-Sforza, XVe siècle
Le Bateleur
Visconti-Sforza, XVe s.
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Le creuset français et l'âge d'or des maîtres cartiers

Le Tarot traverse les Alpes pour arriver en France à la fin du XVe et au début du XVIe siècle, très probablement dans les bagages des soldats français lors des guerres d'Italie. Si le jeu s'implante d'abord à Lyon, Paris et Rouen, c'est la ville de Marseille qui va progressivement s'imposer comme le grand centre d'exportation.

Grâce à la technique de la gravure sur bois et au coloriage industriel au pochoir, des artisans marseillais produisent massivement des jeux. Parmi les figures majeures : Pierre Madeniè (1709), François Chosson (1736) et surtout Nicolas Conver (1760). Cette diffusion à grande échelle cristallise une iconographie aux traits rudes et aux couleurs primaires (bleu, rouge, jaune) qui deviendra la norme européenne.

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Le modèle de Nicolas Conver et la naissance du nom

En 1760, le maître cartier marseillais Nicolas Conver grave un jeu qui deviendra la référence absolue du genre. Ses proportions, ses regards et ses détails symboliques serviront de base à la plupart des reproductions modernes. Pourtant, à cette époque, on l'appelle simplement tarot italien ou jeu de tarot.

Fait étonnant : l'appellation Tarot de Marseille n'est officiellement déposée et popularisée qu'en 1930 par Paul Marteau, héritier des éditions Grimaud, soit près de deux siècles après Conver. Son ouvrage de 1949 a largement contribué à figer les significations divinatoires de cette version spécifique.

XII Le Pendu, Nicolas Conver, Tarot de Marseille, 1760
XII Le Pendu
Conver, 1760
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Le basculement vers l'occultisme (XVIIIe-XIXe siècles)

Avant le XVIIIe siècle, le Tarot est donc un jeu de société. Le tournant s'opère dans le bouillonnement du Siècle des Lumières. En 1781, le savant Antoine Court de Gébelin publie une théorie affirmant que le Tarot est un livre de sagesse égyptienne antique, le "Livre de Thot", rescapé des flammes. Dans son sillage, Jean-Baptiste Alliette (dit Etteilla) structure la première méthode de cartomancie.

Au XIXe siècle, des figures de l'occultisme comme Éliphas Lévi et Papus associeront définitivement le Tarot à la Kabbale, à l'astrologie et à l'hermétisme, le détachant de sa simple fonction ludique pour en faire un véritable système ésotérique.

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De la table de jeu à l'outil d'introspection

À l'époque moderne, au-delà de la voyance, le Tarot de Marseille s'est émancipé comme un outil psychothérapeutique. Alexandro Jodorowsky et Marianne Costa, dans La Voie du Tarot, ont révolutionné son approche en le décrivant comme une "cathédrale nomade", un miroir de l'âme humaine dont l'architecture géométrique et symbolique aide à explorer notre propre profondeur. Restauré dans ses couleurs et géométries originelles, il est abordé aujourd'hui comme un formidable outil d'introspection et de connaissance de soi.

Photographie en noir et blanc de mains autour de cartes de tarot étalées sur une table.
Lecture de tarot · pratique contemporaine
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Nuances et perspectives de la recherche historique

La recherche historique moderne permet de démystifier plusieurs croyances longtemps associées au Tarot :

L'ancêtre mamelouk

Si les 22 Arcanes Majeurs sont une pure invention italienne, les 56 Arcanes Mineurs ont probablement une origine orientale. Les cartes à jouer auraient été introduites en Europe via l'Italie ou l'Espagne, inspirées des jeux islamiques de l'empire Mamelouk d'Égypte, qui possédaient déjà des rois, des vizirs et les enseignes de coupes, épées, bâtons et deniers.

L'illusion de la transmission "bohémienne"

Papus a popularisé au XIXe siècle l'idée que le Tarot aurait été transmis par les Gitans. La recherche montre qu'il s'agit d'une invention romantique : les Roms n'ont traditionnellement utilisé que des jeux de cartes classiques pour leurs arts divinatoires.

Les modèles antérieurs au Conver (Type I et Type II)

Le modèle que nous appelons aujourd'hui "Tarot de Marseille" (dit Type II, popularisé par Conver) a eu des prédécesseurs. Des tarots plus anciens (Type I, comme ceux de Jean Dodal ou de Jean-Pierre Payen) présentaient des différences notables, montrant que les images se sont fixées après une longue sélection artisanale.

Références pour poursuivre la lecture

Les interprétations symboliques du site ne sont pas des faits historiques. Retrouvez notre approche éditoriale ou signalez une précision à apporter.